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Gérer les « risques durables » en énergie

Pierre-Olivier Pineau,
Professeur
HEC Montréal
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Si personne ne s'entend sur le prix du pétrole dans un an, il y a un consensus sur les fluctuations et les hausses de prix à venir. Le prix du gaz naturel variera tout autant. De surcroît, la molécule de CO2, inévitablement liée à la combustion de ces hydrocarbures, se verra directement ou indirectement tarifée, dans un cadre réglementaire qui reste à déterminer. Comme si ce n'était pas assez, le prix de l'électricité, très stable au Québec, ne pourra se maintenir éternellement figé à son niveau historique : une réforme tarifaire devra voir le jour au Québec. Celle-ci permettrait aux Québécois de récolter davantage de bénéfices environnementaux et économiques, sans abdiquer d'acquis sociaux.
Une panoplie de risques pèsent ainsi sur le secteur de l'énergie. Parce que ces risques ont des racines mondiales et que leurs conséquences sont autant économiques, environnementales que sociales, il est possible de les qualifier de « risques durables ». Pour faire face à cette nouvelle situation, il faut adopter une gestion des « risques durables ».

 

Stratégies de gestion des risques

Tout comme en gestion des risques traditionnelle, trois stratégies sont possibles : la prévention, l'atténuation et l'adaptation. Mais parce que les « risques durables » sont multidimensionnels, différents instruments doivent être mis à contribution : ceux fondés sur des structures informelles (capital humain, réseaux sociaux, etc.), les mécanismes de marché (incitatifs économiques, concurrence, etc.) et les interventions gouvernementales (réglementations, programmes, etc.).

La prévention consiste à réduire les possibilités que des événements négatifs ne surviennent : par exemple, dans le secteur de l'énergie, la réglementation du prix de l'électricité par la Régie de l'énergie évite des fluctuations subites qu'aucun consommateur n'apprécie. Au niveau informel, toutes les habitudes d'économie d'énergie, acquises à travers l'éducation et la sensibilisation, contribuent à faire diminuer la demande et à éviter certaines hausses, parce que les consommateurs peuvent se passer d'une certaine quantité d'énergie. Par contre, étant donné notre niveau de consommation, la disponibilité des ressources et la géopolitique, la prévention ne peut jouer qu'un rôle limité : on ne peut pas contrôler les producteurs d'énergie fossile. Il faut donc s'attaquer à notre dépendance énergétique.

La stratégie d'atténuation consiste à réduire notre exposition aux événements problématiques : ceux qui ont un véhicule hybride, par exemple, sont moins sensibles à la montée des prix. C'est dans cette sphère que les particuliers et entreprises nord-américains ont des progrès à faire : au Canada, la consommation énergétique par personne est 2,5 fois plus grande qu'en Allemagne et 8,5 plus grande qu'en Chine. Avec le support des structures informelles et des gouvernements, ce sont les instruments de marché qui devraient être le plus utilisés : pour coordonner les choix d'investissement de tous et chacun, rien n'est plus efficace que des signaux de prix. Ainsi, les équipements énergivores sont pénalisés «naturellement» et les entreprises qui développent des solutions d'efficacité énergétique sont immédiatement concurrentielles.

Enfin, la stratégie d'adaptation consiste à accepter les risques durables et à agir une fois qu'ils sont réalisés. On pourrait, par exemple, se résigner à voir notre niveau de vie baisser. Une fois le pire réalisé, tous les types d'instruments peuvent être utilisés pour s'ajuster à la nouvelle réalité. C'est cette stratégie d'adaptation que les humains ont le plus tendance à adopter parce qu'elle est réactive plutôt que proactive et n'exige aucun effort de préparation. Évidemment, c'est cette stratégie qui est la plus dangereuse.

En résumé, au niveau individuel, vous devez vous questionner sur votre propre situation en termes de consommation d'énergie (transport, chauffage, électroménagers, appareils électroniques) et sur vos approvisionnements. Selon votre situation, vous pourrez adopter une stratégie d'atténuation ou choisir de vous adapter au fil des événements.

Pour qu'une prévention efficace puisse être faite, et que les stratégies d'atténuation puissent pleinement fonctionner, il est essentiel que les gouvernements mettent en place des cadres réglementaires permettant aux vrais signaux de prix, et à tous les prix, d'être connus. Autant les entreprises que les particuliers doivent l'exiger des gouvernements. Cela reste cependant à faire dans le secteur environnemental, notamment pour les gaz à effet de serre.

 

 

Ceci est une reproduction d'un article paru dans La Presse Affaires du 8 septembre 2008.