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L'impartition logistique - sommes-nous à un point d'inflexion?

Laurent Deirmendjian, ing., CPIM, CSCP
IBM Services d'Affaires Mondiaux - Services stratégie & transformation
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Dans leur quête constante d'une meilleure rentabilité, certaines sociétés ont mis en ¿uvre divers projets d'amélioration de la performance logistique. Cependant, une fois ces projets réalisés, que peut faire une entreprise pour s'améliorer davantage?

Deux solutions se présentent. Elle peut continuer à investir dans ses ressources internes ou choisir la voie de l'impartition, un processus qui consiste à se départir d'une ou de plusieurs fonctions ou opérations jugées non principales pour l'organisation et d'utiliser une firme externe spécialisée pour les exécuter.

 

Les origines de l'impartition

 

Après la deuxième guerre mondiale, de grands donneurs d'ordres dans l'industrie automobile ont misé sur l'intégration verticale de leurs opérations. Mais cette diversité des activités, de la conception à la distribution en passant par la production, a été remise en question à la suite de la récession des années 80. La taille et la complexité de ces entreprises devenant alors des obstacles à la profitabilité, on vit apparaître la réingénierie des processus qui s'est rapidement traduite en d'importantes réductions de personnel. Malheureusement, on coupait du personnel sans réellement revoir le travail effectué.

Dans les années 90, ces mêmes donneurs d'ordres constatèrent qu'ils ne pouvaient pas tout faire adéquatement et décidèrent de se concentrer sur ce qu'ils connaissaient le mieux tout en délaissant les champs qu'ils ne considéraient plus comme fondamentaux. L'impartition, telle que nous la connaissons, était donc née.

Depuis les 20 dernières années, le phénomène a rapidement pris de l'ampleur. Sa croissance est impressionnante aux États-Unis et est de l'ordre de 15 à 20 pourcent par an alors que, en Europe, le phénomène a atteint son degré de maturité il y a déjà quelques années.

 

Comment expliquer ceci?

 

La globalisation et la complexification des marchés, la pression sur les coûts, la flexibilité opérationnelle obtenue et la prolifération des succès attribués à l'impartition amènent de nombreux gestionnaires à justifier sans cesse la conservation ou non de certaines fonctions à l'interne. Le mot d'ordre est alors devenu : chacun son métier!

En effet, créer son propre centre de distribution et l'élever à un niveau de classe mondiale peut exiger un investissement important. Aussi, pour certaines entreprises, l'impartition apparaît comme une option moins onéreuse. Bien entendu, on évitera d'entrer dans la problématique reliée aux relations de travail que vivent certaines organisations. Pour certains, la tentation d'impartir peut être forte!

 

L'impartition : une démarche rigoureuse

 

L'impartition n'est pas une recette miracle permettant de réduire les coûts en vitesse et à moindre effort mais une démarche rigoureuse.

L'organisation devra suivre une démarche en sept étapes :

  1. Définir les activités qui seront effectuées à l'interne et celles qui ne le seront plus
  2. Mettre en place un processus d'appel d'offres
  3. Comparer les différentes offres de services
  4. Sélectionner le prestataire
  5. Négocier les contrats et les prix
  6. Gérer la transition des activités
  7. Maintenir la relation

Une fois l'organisation convaincue du bien fondé de la démarche, qui résulte d¿une analyse des processus « core » et « non core », un dossier commercial (« business case ») comparant le modèle logistique actuel et désiré viendra justifier économiquement la décision.

Il sera impératif de former une équipe multifonctionnelle composée de représentants de chaque service (informatique, qualité, ressources humaines, production, logistique, etc.) ainsi que d'experts externes. Cela permettra de dresser une cartographie globale des processus, de bien connaître les opérations logistiques actuelles ainsi que tous les processus d'affaires connexes qui pourraient être affectées lors de l'impartition.

De plus, une attention particulière devra être portée à l'aspect contractuel pour assurer une relation saine et robuste. Le contrat devra notamment inclure les niveaux de service attendus, les mesures de performance ainsi que les responsabilités de chacun.

L'impartition n'est pas un effort ponctuel! Une fois en place, il s'agit de maintenir cette relation.

 

Les formes d'impartition logistique

 

Les formes d'impartition logistique sont nombreuses et varient selon le degré de responsabilité laissé au prestataire et selon le contrôle que le client est prêt à lui accorder. Les fonctions logistiques qui font le plus fréquemment l'objet d'une impartition sont l'entreposage, la gestion d'inventaire, de commandes, du transport et des douanes, des retours et de la distribution (fonction critique de par son lien direct avec le niveau de service au client).

Les solutions offertes, elles, sont abondantes, depuis la simple location d'espace d'entreposage externe pour pallier à un besoin ponctuel jusqu'à la location d'un entrepôt avec une équipe dédiée. En ce qui a trait au service, il peut se limiter à la réalisation d'une activité à l'intérieur d'un processus complet, comme par exemple le réapprovisionnement en pièces de remplacement, ou il peut couvrir la gestion de toute la logistique d'une organisation.

 

Conclusion

 

Qu'une organisation soit proche de son apogée ou qu'elle soit déjà à un niveau de classe mondiale, il serait judicieux pour elle d'examiner la piste de l'impartition. Les solutions offertes sont nombreuses et celle qui sera retenue dépendra de l'importance stratégique de la fonction, de sa complexité ainsi que de la nature de la relation avec le prestataire.

Le phénomène de l'impartition logistique s'accélère, s'accentue et s'affirme comme une tendance lourde. Il n'est pas étonnant d'apprendre que les sociétés qui réussissent le mieux dans le monde, comme Dell ou Wal-Mart, doivent une certaine partie de leur succès à l'impartition. Peut-être vivons-nous en ce moment même un point d'inflexion¿