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Logiciel libre ? Soyez attentif

Michael Wybo,
Professeur agrégé
HEC Montréal
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Ce qui distingue un logiciel libre d'un logiciel propriétaire est la licence sous lequel le logiciel est distribué. Une licence libre confère notamment le droit de modifier et de distribuer le logiciel. Le logiciel libre offre donc certaines options à l'acquéreur, options qu'il peut ou non exercer selon son choix. Le défi est d'établir la valeur réelle de ces options et de déterminer sous quelles conditions il est avantageux de les exercer.

 

L'option de développement

L'option de développement s'applique lorsque l'organisation souhaite modifier le logiciel de base pour y ajouter des fonctions et des caractéristiques qui répondent à ses besoins spécifiques. Le logiciel sert alors de « code de départ ». L'organisation peut concentrer ses efforts sur le développement de fonctionnalités à valeur ajoutée répondant de façon spécifique à ses besoins. Une telle approche de modifications à la marge représente un investissement moins important que celui normalement requis pour développer une application de toute pièce. Si l'organisation n'a pas à sa disposition les ressources requises pour le développement, elle peut toujours confier cette tâche en sous-traitance à un consultant externe. Dans un cas comme dans l'autre, cependant, les économies réalisées en évitant les frais de licence peuvent facilement être engloutis par les frais engendrés par ces modifications. Pis encore, les modifications peuvent rendre difficile l'adoption de nouvelles versions du logiciel de base ou la mise en service des correctifs qu'on lui apporte. Malgré ces inconvénients, il peut être quand même avantageux d'exercer l'option de développement, surtout si le logiciel est destiné à un grand nombre d'utilisateurs, chacun représentant des frais de licence économisés.

L'option de service

Adopter un logiciel libre donne à l'organisation la possibilité de choisir comment et auprès de qui elle s'approvisionne en support et en entretien. C'est l'option de service. La possibilité de déterminer soi-même le moment et la fréquence d'installation des correctifs ou des nouvelles versions peut être avantageuse, même si l'organisation n'exercice pas son option de développement. L'adoption du produit par un nombre significatif d'utilisateurs peut stimuler la création des fournisseurs locaux. Par voie de conséquence, la concurrence entre eux peut aussi mener à des meilleurs services tout en assurant que l'organisation ne soit pas à la merci d'un unique prestataire.

Il est important de noter qu'une entreprise peut exercer son option de service sans ouvrir le code source et sans développer. L'inverse n'est pas vrai cependant. Cela vient du fait que les modifications qu'elle apporte au code de base ne sont pas prises en charge par l'organisation responsable pour la diffusion du produit original. L'entreprise qui exerce l'option développement doit donc nécessairement exercer l'option service.

Ne pas exercer les options

Il est important de faire attention à « l'écart de service » qui existe en ce qui concerne les logiciels, qu'ils soient libres ou propriétaires. L'écart de service fait référence à l'ensemble des activités nécessaires pour rendre un logiciel utilisable dans une entreprise. Il arrive parfois que cet écart soit très grand, comme dans le cas d'un système intégré dont les frais de soutien associés peuvent être plusieurs fois plus importants que les frais de licence. Dans d'autres cas, comme pour les logiciels bureautiques par exemple, l'écart est mince. Les logiciels qui ont cette caractéristique représentent, pour l'entreprise, une occasion d'économies importantes.

Évaluer les options

Choisir un logiciel libre ne crée aucunement l'obligation d'obtenir le code source ni d'exercer l'option développement. La situation la plus favorable est celle où le logiciel est distribué sous une licence sans frais, où le nombre d'utilisateurs est élevé, et pour lequel l'écart de service est minime.

Même si l'écart de service est significatif, la possibilité de distribuer le logiciel sans frais dans l'entreprise génère des économies chaque fois que le nombre d'utilisateurs augmente ou que vient le temps de passer à une nouvelle version du logiciel. Pour mieux contrôler l'écart et les dépenses associées, il est préférable cependant de s'en tenir à des versions standardisées (configurées une fois, installées à répétition) qui permettent de centraliser des services de soutien technique et de maintenance.

Un logiciel libre n'est pas nécessairement la solution idéale pour toute organisation ni dans toutes les circonstances. Toutefois, il présente des opportunités qu'on ne peut retrouver avec le logiciel propriétaire et qui peuvent mieux répondre aux besoins de l'entreprise. À ce titre, le logiciel libre mérite d'être considéré d'une façon très attentive lors de la décision d'acquisition.

Michael Wybo, Professeur agrégé
HEC Montréal
Membre du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO)
Membre du Groupe de recherche en systèmes d'information (GReSI)
http://www.hec.ca/profs/michael.wybo.html

Ceci est une reproduction d'un article paru dans La Presse Affaires du 6 octobre 2008.