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Le recyclage des bétons au Québec et à l'étranger

 

 

 

Sensibilisés à la problématique du traitement des débris provenant de la construction, de la rénovation et de la démolition (C-D), des intervenants de tous les pays industrialisés sont à l'affût de solutions pour en réduire les quantités, les traiter adéquatement et identifier des applications afin de leur donner une plus grande valeur ajoutée.

Au Québec, 4,6 millions de tonnes de C-D ont été générées en 2008 (0,59 tonne par personne). De ce volume, 74 % ont été récupérées. L'industrie québécoise se démarque par son dynamisme. Réunie depuis 1997 au sein d'une association, le Regroupement des récupérateurs et des recycleurs de matériaux de construction et de démolition du Québec (3R MCDQ), elle pose des gestes concrets pour l'avancement de la récupération, du recyclage, de la valorisation et du réemploi. Dans ce contexte, le CRIQ a réalisé une recherche en matière de recyclage des bétons (bétons, briques et asphalte), incluant les moyens mis en place pour favoriser la valorisation, les principales utilisations faites des matières, etc., afin d'obtenir une meilleure connaissance des façons de faire à l'extérieur du Québec.

Les chiffres publiés démontrent l'importance des volumes de débris de C-D qu'il faut traiter dans d'autres régions du monde. Selon des données récentes, on doit gérer de plus de 900 millions de tonnes aux États-Unis, en Europe et au Japon seulement. Les quantités générées et les objectifs de récupération sont revus à la hausse d'année en année. Les avantages au recyclage de ces matières sont nombreux : réduction des volumes de débris dans les sites d'enfouissement, réduction des coûts d'exploitation des ressources naturelles et diminution des coûts de transport, disponibilité de matériaux qui autrement, auraient été perdus, création d'emplois, etc.

La part qu'occupent les bétons dans les volumes de C-D varie en fonction de plusieurs variables, incluant la provenance et la composition des débris comptabilisés. On évalue qu'entre 60 % et 80 % du total des C-D produits sont occupés par les bétons. Les installations de traitement sont fixes, mobiles ou semi-mobiles. Installés à proximité des chantiers, les équipements mobiles permettent d'importantes économies de transport. Parmi les installations fixes, certaines comportent des équipements à la fine pointe de la technologie (systèmes de flottaison, table densimétrique, souffleurs automatiques, lecteurs optiques, champs magnétiques, etc.).

Certains pays se distinguent, par l'efficacité de leurs façons de faire en matière de récupération des C-D. C'est le cas, entre autres, des Pays-Bas et du Japon (taux de récupération de 95 %) et de l'Allemagne (taux de récupération de 90 %). Des objectifs élevés sont atteints grâce à un ensemble de mesures mises en place depuis de nombreuses années et à l'implication de tous les ordres de gouvernement (national, régional et municipal) et des joueurs de l'industrie (fabricants de matériaux, constructeurs, concepteurs (architectes et ingénieurs), entreprises de démolition, centres de tri, etc.).

Parmi ces mesures, on retrouve l'obligation de recycler, la mise en place de systèmes d'échange d'information en ligne sur la disponibilité et la localisation de matériaux recyclés, l'accès à des documents techniques (normes de qualité, guides d'utilisation, méthodes de construction, etc.), l'obligation pour les constructeurs de fournir des rapports portant sur la gestion des matériaux (plans de recyclage, potentiel d'utilisation, etc.), des mesures fiscales de soutien aux centres de tri et d'aide à la recherche et développement, etc. Dans plusieurs pays, des observatoires nationaux sont en places et ont pour mission de favoriser le recyclage des C-D, incluant les bétons. : AggRegain au Royaume-Uni, Tradecowall en Belgique et OFRIR en France. Les rôles des organismes allemands, LAGA, chargé de faire la publication de spécifications, et RAL, responsable de l'inspection et de l'étiquetage, sont considérés comme une clé essentielle au recyclage des C-D dans ce pays.

Les principales applications des bétons recyclés sont reliées à la construction de routes (sous-couches de voies asphaltées, couches de forme, remblais et matériaux drainants). Les agrégats recyclés qui répondent à des normes de qualité sont utilisés dans le béton prêt à l'emploi pour la fabrication de fondations, de dalles de bâtiments résidentiels, de trottoirs et de bordures, d'avenues et de rues ainsi que des pavages de béton.

D'autre part, malgré que des recherches aient démontré la faisabilité d'utiliser les agrégats recyclés pour des applications structurales, la qualité des agrégats est jugée déficiente dans plusieurs pays. Le Québec se démarque pour la qualité de la matière puisqu'en 2002, à la demande de l'industrie, une norme de qualité pour les agrégats recyclés 1 a été développée. On utilise également le béton recyclé pour le contrôle de l'érosion, comme des murs de soutènement stabilisateurs de sol.

En bon état, la brique recyclée est revendue pour de nouvelles constructions. Lorsque broyée, elle est utilisée pour la fabrication de nouvelles briques, comme granulats décoratifs en aménagement paysager ou comme agrégats pour la fabrication de béton.

L'asphalte est recyclé sur place ou à l'usine. Aux États-Unis, 80 % de l'asphalte enlevé est réutilisé dans des projets de construction de routes. Selon l'EPA, il sert également à des encaissements de routes, épaulements et talus ou remblais.

Plusieurs mesures en place dans certains pays ont eu des effets positifs sur l'industrie :

  • Mesures incitatives auprès des acheteurs de tous les ordres de gouvernement et des institutions afin qu'ils soient impliqués dans la réutilisation et qu'ils incluent les matériaux recyclés dans les devis;
  • Instauration d'un portail, ou observatoire, ayant comme mission d'informer tous les intervenants de l'industrie sur la disponibilité de matières recyclées (fournisseurs, localisation et quantités) ainsi que sur les normes de qualité, sur les applications, etc.;
  • Mise en place de procédures d'assurance qualité;
  • Fourniture de fiches produits;
  • Rédaction de guides techniques sur la réutilisation de matériaux;
  • Encouragement de la recherche et développement afin de leur donner une plus grande valeur ajoutée (dans le béton prêt à l'emploi, entre autres);
  • Éducation et formation.

La gestion environnementale des sites de recyclage des bétons est soumise à des règles qui varient non seulement d'un pays à l'autre, mais également d'une région à l'autre. De façon générale, ils sont considérés comme matière inerte.

Les préoccupations relatives aux particularités des débris de C-D, leur quantification et les solutions pour réduire les quantités, pour les traiter et pour les valoriserfont l'objet de nombreuses recherches. Des progrès importants ont déjà été réalisés, mais l'industrie demeure à l'affût de procédés innovateurs et d'applications nouvelles. Dans les pays les plus performants, c'est la combinaison de plusieurs mesures et l'implication de tous les niveaux d'intervention qui a permis l'atteinte d'objectifs élevés. L'inclusion des bétons recyclés dans les devis par les concepteurs et donneurs d'ordres privés et gouvernementaux figure parmi les éléments clés de la croissance du recyclage des bétons. Dans son projet de politique québécoise de gestion des matières résiduelles 2010-2015, c'est 80 % des bétons, des briques et de l'asphalte que le Québec devra valoriser ou recycler. Comme par le passé, l'industrie réussira-t-elle à aller au-delà?

Pour en savoir davantage :

Regroupement des récupérateurs et des recycleurs de matériaux de construction et de démolition du Québec (3R MCDQ) www.3rmcdq.qc.ca

RECYC QUÉBEC - www.recyc-quebec.gouv.qc.ca

 

1 NQ 2560-600/2002 Granulats Matériaux recyclés fabriqués à partir de résidus de béton, d'enrobés bitumineux et de briques Classification et caractéristiques. Bureau de Normalisation du Québec (BNQ)

Article mis en ligne le 17 septembre 2010