Agrégateur de contenus - Articles sur les GI Agrégateur de contenus - Articles sur les GI

Return to Full Page

La normalisation au service de l'innovation

La normalisation au service de l'innovation

Jean Thibodeau, ing. - CRIQ
Écrire à l'auteur

 

Dans la capsule précédente, nous avons vu que la normalisation joue un rôle important dans l'élaboration des référentiels permettant d'améliorer le « management de l'innovation », soit la gestion dans les entreprises, et de fournir des outils pour évaluer, quantifier et maîtriser le processus d'innovation. Par contre, la contribution de la normalisation à l'innovation ne s'arrête pas là. Les normes sont aussi une source d'inspiration à l'innovation pour les entreprises qui s'y intéressent. Que l'entreprise soit grande ou petite, qu'elle veuille exporter ou développer un produit pour son territoire, c'est de l'information très facilement accessible.

En 2007, le Conseil canadien des normes (CCN) a fait appel au Conference Board du Canada pour réaliser l'étude Valeur économique de la normalisation. Cette étude a fait ressortir les nombreux avantages associés aux normes, notamment l'amélioration de la compatibilité, l'identification des attributs admissibles minimaux, la présentation de renseignements et de la description de produits, la mise en place d'économies d'échelle, la facilitation du commerce international et la promotion de l'innovation.

L'activité de normalisation, en elle-même, comporte des avantages appréciables pour les entreprises. Elle est souvent utilisée comme un outil de veille par ceux qui y contribuent. La participation à des travaux normatifs permet, en effet, aux représentants des entreprises impliquées de détecter les signaux faibles véhiculés par toute évolution demandée par leurs concurrents ou pas d'autres pays dans leurs spécifications de produits ou de services. Cela permet aussi d'anticiper l'utilisation de nouvelles technologies.

Les grandes entreprises ont bien compris l'importance de participer au processus d'élaboration des normes sur une base continue. Monsieur Jim Dymond, conseiller technique pour GE Systems, a indiqué que son entreprise a constaté que, lorsqu'elle ne faisait pas partie des comités d'élaboration de normes, certains éléments désavantageux pour elle se retrouvaient parfois dans les règlements.

Les petites entreprises ont-elles leur place?

Qu'elles participent directement ou par l'entremise de leur association sectorielle, en faisant partie du milieu d'élaboration des normes, les petites entreprises peuvent-elles aussi obtenir des renseignements auxquels elles n'auraient pas normalement accès? Certains répondants à l'étude du CCN ont souligné qu'ils apprécient la flexibilité du processus, par exemple les entreprises n'ont pas à être représentées à toutes les réunions des comités pour savoir ce qui se passe. L'information est habituellement diffusée par le biais d'un procès-verbal ou lors de conversations avec les personnes qui étaient présentes à la réunion. Conscients des difficultés que peut représenter, pour les petites et moyennes entreprises, la participation à des travaux de normalisation, certains mandataires, en collaboration avec les organismes de normalisation, prévoient des dédommagements pour les frais encourus afin de les encourager à participer.

Si l'apport des normes à la recherche n'est pas toujours évident vu son caractère inédit, elles sont, par contre, très utiles pour le développement de nouveaux produits, comme le démontrent les exemples de cas vécus suivants :

Équipements d'aires de jeux

Il y a de cela plusieurs années, un manufacturier québécois d'équipements d'aires de jeux pour enfants s'est vu écarté d'une soumission auprès d'une ville du Québec pour ses terrains de jeux, car ses produits ne correspondaient pas aux exigences techniques de normes typiquement américaines. Il décida d'acheter ces documents, d'en extraire les avantages et de les mettre à son profit. Les concepteurs ont épluché ces documents et le manufacturier s'est muni d'un petit laboratoire pour tester lui-même ces nouveaux concepts issus des nouvelles données des normes américaines, mais adaptés au contexte québécois.

En cours de route, notre manufacturier a participé aux comités de révision de ces normes américaines. Il y a même délégué une personne au suivi (3 réunions par année). Ainsi, il a connu les grands acteurs du secteur, leurs intentions et les nouvelles tendances du domaine. Il fut le premier à avoir des produits certifiés selon les normes américaines, ce qui lui a procuré une avance de 4 ans par rapport à la concurrence canadienne et lui a fourni un avantage concurrentiel lorsqu'il affichait son label de conformité devant un acheteur d'une municipalité. Il a donc innové en s'inspirant des normes élaborées ailleurs.

Citernes à purin :

Nous avons accompagné un manufacturier de citernes à purin pour sa stratégie d'exportation. Le propriétaire fabriquait ses citernes de la même manière. Depuis 20 ans, il maîtrisait sa technique et était réputé pour avoir un produit performant. Un jour, son marché fut saturé et il décida d'exporter en Europe. Il constata alors que, contrairement au Canada,  il fallait respecter une norme sur les citernes à purin pour vendre son produit sur le nouveau territoire. Le propriétaire ne voulait pas changer son concept : pourquoi changer quand cela fonctionne bien? « Ils ne viendront toujours pas me montrer comment concevoir mon produit », pensait-il.

Sa curiosité l'a amené à regarder la norme et à percevoir un point technique au niveau des ballasts internes. Après quelques échanges avec un membre du comité de rédaction de la norme européenne, il décida d'adapter ce point technique et de commercialiser un nouveau modèle de citerne qui rendait son produit plus stable lors des transports routiers. Cette innovation lui a permis de lancer une deuxième génération de citernes améliorée qu'il exporte présentement.

En investissant 150 $ pour se procurer la norme, en réalisant 4 à 5 appels téléphoniques et échanges de courriels, en prenant le temps de bien comprendre le document, le tour était joué. Il ne le savait pas, mais il innovait. Le propriétaire avait 70 ans.

On peut en conclure que la normalisation est un outil très disponible et peu dispendieux pour aider les petites et moyennes entreprises à innover et à se tenir bien informées sur les exigences en rapport avec leurs produits. Nous vous conseillons de l'inclure dans votre stratégie d'innovation.

Article mis en ligne le 23 décembre 2009