Agrégateur de contenus - Articles sur les TE Agrégateur de contenus - Articles sur les TE

Return to Full Page

Le séchage biologique des boues

Le séchage biologique des boues
 

Yves Bernard, ingénieur - CRIQ
Écrire à l'auteur

 

De nombreuses entreprises agroalimentaires et agricoles ainsi que des municipalités sont aux prises avec d'énormes quantités de boues de décantation ou de flottation dont elles doivent disposer à grands frais. Par exemple, les entreprises de fabrication de produits de viande, tout comme les fermes d'élevage de porc, doivent acheminer ces boues à un site de compostage autorisé pour les transformés en compost. Cette opération occasionne des frais importants devant être assumés par le producteur. En effet, les coûts de transport et d'élimination des boues, dont la teneur en eau est de 90 %, représentent environ 30 à 40 $/m3. Les coûts élevés associés au compostage s'expliquent en grande partie par la proportion importante d'absorbants nécessaire, qui est de l'ordre de 3 à 5 m3 d'absorbants par m3 de boues à composter.

Afin de solutionner la problématique reliée aux coûts de disposition de ces boues, le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) a mis au point un procédé de traitement des boues (BIOSECO) plus économique que le procédé actuel de celles-ci à un site de compostage centralisé. Le procédé de séchage biologique permet d'abaisser la teneur en eau des boues de 70 à 90 %. Le processus utilisé s'apparente au compostage, mais la méthode et l'objectif du traitement sont différents. En effet, pour le procédé de séchage biologique, les mélanges de boues et d'absorbants sont optimisés afin de réduire la proportion d'absorbants par rapport à celle des boues et de favoriser le processus d'évaporation.

Par rapport aux autres procédés mécaniques de traitement des boues, le procédé de séchage biologique comporte les avantages suivants :

  • la stabilisation du compost, le séchage et le traitement des odeurs sont réalisés dans une seule étape;
  • pas besoin d'équipements sophistiqués pour traiter les boues, qui se prêtent moins bien à la déshydratation mécanique;
  • pas de production de lixiviat pendant le séchage biologique, donc pas besoin de retraiter l'eau dans le système de traitement des eaux usées;
  • les odeurs caractéristiques des boues ne sont pas présentes pendant le procédé de séchage biologique.

Ainsi, pour le procédé de séchage biologique, le volume d'absorbants utilisé n'est plus que de 1 m3 pour chaque m3 de boues traitées. La quantité de solides à utiliser, issus du procédé, est inférieure à la quantité des boues à traiter, ce qui est un autre avantage de ce procédé.

À partir des résultats obtenus lors d'essais réalisés à l'échelle laboratoire (réacteur de 120 l), la définition de scénarios économiques a permis de détailler les coûts du procédé de séchage biologique (opérations, équipements et infrastructures). Les coûts d'achat d'intrant, de main-d'oeuvre et d'entretien des équipements, d'amortissements des équipements et des infrastructures ainsi que de gestion des solides traités ont été évalués. Ces coûts ont été évalués pour un procédé pleine grandeur de séchage biologique permettant de traiter environ 2 400 m3 de boues/an, ce qui représente un cas réel d'une ferme porcine québécoise de taille moyenne à grande.

Ces scénarios économiques ont permis d'établir le coût de traitement des boues à environ 20 $/m3 de boues, ce qui occasionnerait des économies intéressantes pour le producteur (supérieures à 30 %). C'est ainsi que le procédé de séchage biologique s'avère un mode de gestion intéressant des boues puisqu'en plus de réduire la quantité de solides à disposer et, par conséquent, le coût de disposition, il permet de produire un amendement organique de haute valeur.

Le CRIQ est en mesure de redéfinir les critères de dimensionnement pour l'adapter à divers types de boues, de procéder à une mise à l'échelle pleine grandeur du procédé et de valider l'efficacité du séchage biologique dans des conditions réelles d'opération.

Article mis en ligne le 3 juillet 2006