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Il peut vous sembler que la mise en place d’une chaîne
d’approvisionnement durable est une question que seules les grandes
entreprises mondiales doivent régler. Par le passé, cette conviction
pouvait se défendre, mais aujourd’hui, les enjeux environnementaux
et sociaux se répercutent sur tous les aspects de la chaîne
d’approvisionnement.
Il est vrai que nombre d’entreprises à grande visibilité publique
ont appris, et de manière assez douloureuse, qu’apparaître à la une
d’un journal pour utilisation – même indirecte – de main-d’œuvre
enfantine ou pour avoir contribué à la détérioration de la
biodiversité peut avoir un effet dévastateur sur leur image et sur
leurs ventes.
De nos jours, les sociétés sont tenues responsables des faits et
gestes des entreprises faisant partie intégrante de leur chaîne de
valeur, même si elles ne les possèdent pas et n’exercent aucun
contrôle sur elles1. Qu’est-ce à dire pour les fournisseurs
primaires? Sur le plan de la viabilité environnementale, ils seront
tenus de rendre des comptes sur leur propre performance, mais aussi
de montrer quelles sont les mesures qu’ils prennent pour maîtriser
les risques chez les fournisseurs secondaires.
Il y a de fortes chances que votre entreprise fasse partie de
plusieurs chaînes d’approvisionnement liées directement ou
indirectement à une multinationale ayant établi une politique
d’approvisionnement responsable. Aux fins de l’analyse, du choix et
du suivi des fournisseurs, votre situation et votre performance sur
le plan durabilité seront sujettes à évaluation; et vos propres
fournisseurs seront aussi jugés.
Une géante telle que Philips a publié un document intitulé
Supplier Sustainability Program Manual en janvier 2009. Ses
fournisseurs sont désormais évalués sur la base d’une série de
critères de développement durable en plus des mesures
traditionnelles de coûts, de qualité, d’amélioration continue et de
performance logistique. La pratique se répand, à mesure que les
multinationales s’efforcent de mieux gérer les risques de durabilité
inhérents à la chaîne d’approvisionnement.
Le 16 juillet 2009, Mike Duke, président-directeur général de
Walmart, a annoncé lors du Sustainability Milestone Meeting2 que la
société prendra « le leadership de la création d’un indice de
développement durable. L’indice permettra de définir une chaîne
d’approvisionnement plus transparente, de diriger le développement
des produits et, au bout du compte, de donner aux consommateurs les
informations dont ils ont besoin pour évaluer les produits sous
l’angle de la durabilité3. »
1. La première étape d’implantation de l’indice de développement
durable consiste à poser aux fournisseurs de Walmart 15 questions
qui traitent de quatre thèmes :
• énergie et climat;
• efficience des matières;
• ressources naturelles;
• être humain et communauté.
La manière dont est définie votre chaîne d’approvisionnement va
avoir un impact sur l’ensemble de ces quatre thèmes. Votre société
est-elle prête à répondre à de telles questions d’une manière
suffisamment satisfaisante pour rester un partenaire de choix pour
ses clients? Votre organisation est-elle prête à faire face aux
audits-surprises que des entreprises comme Ikea et Inditex –
propriétaire, entre autres, de la marque Zara – peuvent imposer à
leurs fournisseurs, dans le cadre de la politique
d’approvisionnement responsable?
2. La deuxième étape d’implantation traitera du cycle de vie des
produits, du stade des matières premières jusqu’à l’élimination.
Vous aurez intérêt à analyser l’incidence générale de vos activités,
sur le plan environnemental et social, à toutes les étapes du cycle
(conception, fabrication, emballage, distribution, utilisation et
entretien, puis élimination), pour répondre aux critères du deuxième
outil d’évaluation.
3. La troisième et dernière étape d’implantation consiste à
renseigner le public sur le caractère durable des produits. Car de
plus en plus, les décisions d’achat des consommateurs dépendent de
leurs valeurs personnelles et de la performance
socio-environnementale des sociétés. Les renseignements fournis par
l’indice de développement durable sont un outil de plus pour mieux
orienter le choix d’un produit.
Divers chefs de file dans leurs marchés ont pris l’engagement à
long terme d’établir des chaînes d’approvisionnement durable. Que
faut-il en déduire?
• Premièrement, les investissements dans une chaîne de durabilité
sont peut-être le prix à payer pour protéger et développer vos
revenus futurs.
• Deuxièmement, les entreprises qui ont redéfini leur chaîne
d’approvisionnement pour réduire les déchets, la consommation
d’énergie, les besoins en matériaux d’emballage et leur empreinte
carbone peuvent en fait abaisser leurs coûts.
Une chaîne d’approvisionnement durable pourra aider les sociétés
fermées du Canada à maintenir ou même à améliorer leurs revenus, en
réduisant les coûts d’exploitation, en protégeant leur réputation et
en veillant à respecter les politiques d’approvisionnement durable
de leurs clients clés. Une chaîne d’approvisionnement durable peut
vous permettre de devenir… une affaire durable.
1 Traduit librement de Global Reporting Initiative
(2007) : « The GRI Sustainability Reporting Cycle: A Handbook for
Small and Not-so-small Organizations ». Voir aussi Global Reporting
Initiative (2008) : « Small, Smart and Sustainable: Experience of
SME Reporting in Global Supply Chains ».
2 Réunion avec 1 500 fournisseurs, employés et
gestionnaires du développement durable de Walmart tenue au siège
social de Walmart, à Bentonville, en Arkansas.
3 Traduit librement de « Remarks as Prepared for
Delivery – Mike Duke, President and CEO of Walmart – Sustainability
Milestone Meeting – July 16, 2009 ».

Olivier Lourdel
Directeur principal, Services-conseils, KPMG Entreprise
Directeur principal, Services-conseils, KPMG Entreprise à
Montréal, Olivier Lourdel aide les clients à améliorer leurs
opérations et leur chaîne d’approvisionnement depuis 2007. Avant de
se joindre à KPMG, Olivier a occupé différents postes de gestion de
la fabrication et de la chaîne d’approvisionnement pour Procter &
Gamble, Toyota, Air Canada et Pratt & Whitney Canada. Titulaire d’un
MBA de HEC Montréal et d’un diplôme français en génie industriel, il
enseigne la gestion des stocks et de la distribution ainsi que la
gestion des projets logistiques à HEC Montréal, Université de
Montréal. On peut le joindre au 514-840-2308 ou à l’adresse courriel
olourdel@kpmg.ca.
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