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Si personne ne s’entend sur le prix du pétrole dans un an, il y a
un consensus sur les fluctuations et hausses de prix à venir. Le
prix du gaz naturel variera tout autant. De surcroît, la molécule de
CO2, inévitablement liée à la combustion de ces hydrocarbures, se
verra directement ou indirectement tarifée, dans un cadre
réglementaire qui reste à déterminer. Comme si ce n’était pas assez,
le prix de l’électricité, très stable au Québec, ne pourra se
maintenir éternellement figé à son niveau historique : une réforme
tarifaire devra voir le jour au Québec. Celle-ci permettrait aux
Québécois de récolter davantage de bénéfices environnementaux et
économiques, sans abdiquer d’acquis sociaux.
Une panoplie de risques pèse ainsi sur le secteur de l’énergie.
Parce que ces risques ont des racines mondiales et que leurs
conséquences sont autant économiques, environnementales que
sociales, il est possible de les qualifier de risques « durables ».
Pour faire face à cette nouvelle situation, il faut adopter une
gestion des risques durables. Stratégies de gestion des risquesTout comme en gestion des risques
traditionnelle, trois stratégies sont possibles : la prévention,
l’atténuation et l’adaptation. Mais parce que les risques durables
sont multidimensionnels, différents instruments doivent être mis à
contribution : ceux fondés sur des structures informelles (capital
humain, réseaux sociaux, etc.), les mécanismes de marché (incitatifs
économiques, concurrence, etc.) et les interventions
gouvernementales (réglementations, programmes, etc.). La
prévention consiste à réduire les possibilités que des événements
négatifs ne surviennent : par exemple, dans le secteur de l’énergie,
la réglementation du prix de l’électricité par la Régie de l’énergie
évite des fluctuations subites qu’aucun consommateur n’apprécie. Au
niveau informel, toutes les habitudes d’économie d’énergie, acquises
à travers l’éducation et la sensibilisation, contribuent à faire
diminuer la demande et à éviter certaines hausses, parce que les
consommateurs peuvent se passer d’une certaine quantité d’énergie.
Par contre, étant donné notre niveau de consommation, la
disponibilité des ressources et la géopolitique, la prévention ne
peut jouer qu’un rôle limité : on ne peut pas contrôler les
producteurs d’énergie fossile. Il faut donc s’attaquer à notre
dépendance énergétique. La stratégie d’atténuation consiste à
réduire notre exposition aux événements problématiques : ceux qui
ont un véhicule hybride, par exemple, sont moins sensibles à la
montée des prix. C’est dans cette sphère que les particuliers et
entreprises nord-américaines ont des progrès à faire : au Canada, la
consommation énergétique par personne est 2,5 fois plus grande qu’en
Allemagne et 8,5 plus grande qu’en Chine. Avec le support des
structures informelles et des gouvernements, ce sont les instruments
de marché qui devraient être le plus utilisées : pour coordonner les
choix d’investissement de tous et chacun, rien n’est plus efficace
que des signaux de prix. Ainsi, les équipements énergivores sont
pénalisés «naturellement» et les entreprises qui développent des
solutions d’efficacité énergétique sont immédiatement
concurrentielles. Enfin, la stratégie d’adaptation consiste à
accepter les risques durables et à agir une fois qu’ils sont
réalisés. On pourrait, par exemple, se résigner à voir notre niveau
de vie baisser. Une fois le pire réalisé, tous les types
d’instrument peuvent être utilisés pour s’ajuster à la nouvelle
réalité. C’est cette stratégie d’adaptation que les humains ont le
plus tendance à adopter, parce qu’elle est réactive plutôt que
proactive et n’exige aucun effort de préparation. Évidemment, c’est
cette stratégie qui est la plus dangereuse. En résumé, au niveau
individuel, vous devez vous questionner sur votre propre situation
en termes de consommation d’énergie (transport, chauffage,
électroménagers, appareils électroniques) et sur vos
approvisionnements. Selon votre situation, vous pourrez adopter une
stratégie d’atténuation ou choisir de vous adapter au fil des
événements. Pour qu’une prévention efficace puisse être faite, et
que les stratégies d’atténuation puissent pleinement fonctionner, il
est essentiel que les gouvernements mettent en place des cadres
réglementaires permettant aux vrais signaux de prix –et à tous les
prix– d’être connus. Autant les entreprises que les particuliers
doivent l’exiger des gouvernements. Cela reste cependant à faire
dans le secteur environnemental, notamment pour les gaz à effet de
serre. Ceci est une reproduction d'un article
paru dans La Presse Affaires du 8 septembre 2008. |