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Un événement majeur
dans le cadre réglementaire
Il
ne fait pas de doute : l'éthique est un enjeu crucial en gestion des
approvisionnements. La fonction approvisionnement constitue
certainement la fonction d'entreprise la plus vulnérable au
niveau des pratiques non éthiques.
En effet, les
approvisionneurs doivent jouer un rôle d'agent de liaison entre les
clients internes qui ont des besoins d'achats à combler et les
fournisseurs externes qui offrent divers produits et services. De
plus, les achats constituent un des postes de dépenses les plus
importants dans les organisations; allant même jusqu'à représenter
50% à 85% des revenus dans le cas des entreprises manufacturières (Leenders
et al., 2006).
Les nombreux écrits
publiés sur l'éthique en approvisionnement dans les trente dernières
années démontrent bien l'importance du sujet. À titre d'exemple,
mentionnons une étude menée par Guinipero et Handfield en 2004
auprès de gestionnaires d'approvisionnement de grandes entreprises
américaines. Les participants ont indiqué que l'éthique représentait
LA compétence la plus recherchée chez les approvisionneurs.
Si l'étape de
conscientisation est franchie, pourquoi retrouve-t-on encore dans la
pratique autant de cas répréhensibles?
Dans les dernières
semaines, plusieurs cas émanant des marchés publics québécois ont
fait la manchette. Les médias ont relaté des situations : de
conflits d'intérêts, d'influence politique dans l'adjudication de
contrats, de concentration des marchés auprès d'un nombre restreint
d'entrepreneurs, de collusion entre soumissionnaires, etc.
Il ne faut pas croire
que ces situations sont uniques aux marchés publics. Les
approvisionneurs du secteur privé sont eux aussi à risque. La
question touchant l'ensemble de la profession, il importe donc
d'identifier des pistes d'amélioration concrètes.
Développer et faire
valoir les codes de déontologie et d'éthique
Établir
les bases éthiques de la profession constitue une étape clé, et à ce
niveau les
associations professionnelles ont un rôle de premier plan à jouer.
La Corporation des approvisionneurs du Québec (CAQ) a pour mission
d'encadrer la profession d'approvisionneur et de gestionnaire de la
chaîne d'approvisionnement, d'assurer le développement professionnel
de ses membres et de veiller à favoriser l'implantation des
meilleures pratiques en matière de gestion des approvisionnements au
sein des organisations québécoises.
La CAQ exige que ses
membres respectent un code de déontologie exhaustif, qui a été
développé par l'Association canadienne de gestion des achats (ACGA)
il y a déjà plusieurs années. Le code de déontologie définit les
valeurs, les normes et les règles de conduite éthiques à respecter,
de même que les procédures de renforcement. Les bases sont donc bel
et bien assises.
Reste maintenant à
savoir quelles initiatives complémentaires sont prises au niveau de
l'entreprise, plus particulièrement du service d'approvisionnement.
Diverses études
américaines - CAPS à la fin des années 1980; ISM au milieu des
années 2000 - indiquent qu'une majorité d'entreprises ont développé
un code d'éthique spécifique en approvisionnement.
Pourtant, plus près de
chez nous, les travaux récents d'un groupe de travail québécois sur
l'éthique en milieu municipal ont révélé que moins de 10% des
municipalités de la province avaient un code d'éthique (Gagné,
2009).
Qu'en est-il des
entreprises québécoises des autres secteurs? En somme, développer un
code d'éthique en approvisionnement teinté des valeurs de
l'entreprise, tout en étant en ligne avec le code de déontologie de
la profession, représente un premier pas que certaines organisations
n'ont pas encore franchi. Mais bien entendu, il faut ultimement
aller plus loin.
Outiller adéquatement les approvisionneurs par la formation
Contrairement à une
croyance populaire déplorable voulant que n'importe quel individu
puisse devenir acheteur sur la base de ses expériences d'acquisition
dans sa vie personnelle, on ne s'improvise pas approvisionneur
professionnel.
Il importe que les
approvisionneurs soient bien outillés pour réagir adéquatement lors
de situations non souhaitables sur le plan éthique. Nous pouvons
constater que les programmes de formation en gestion de la chaîne
d'approvisionnement y consacrent de plus en plus d'attention, qu'il
s'agisse des programmes de niveau collégial, universitaire, ou
encore de ceux offerts par la Corporation des approvisionneurs du
Québec.
Mise à la disposition
des approvisionneurs, la formation aide à cheminer dans le travail
au quotidien. Plus précisément, les méthodes d'apprentissage
orientées sur la pratique comme les mises en situation et les études
de cas sont grandement bénéfiques.
Reconnaître l'importance du rôle de l'approvisionneur
Il nous semble naturel
de penser que la préparation des appels d'offres, le processus
d'analyse menant à l'adjudication des contrats, de même que le suivi
de performance des fournisseurs devraient être des activités
dirigées par des approvisionneurs professionnels.
Pourtant, dans la
réalité les clients internes cherchent régulièrement à conserver
leur autonomie et à diriger eux-mêmes ces activités. À d'autres
moments ce sont les hauts dirigeants qui prennent des décisions
allant à l'encontre des meilleures pratiques et des normes
d'approvisionnement. Sans parler des fournisseurs et des consultants
à qui on laisse parfois une trop grande place, notamment dans la
préparation des appels d'offres. Autant d'occasions pouvant mener à
des situations non éthiques…
Le pouvoir décisionnel
en gestion des approvisionnements doit revenir aux spécialistes en
la matière, soit des approvisionneurs professionnels dûment formés
et encadrés, qui sont en mesure de faire valoir leur leadership et
leur valeur ajoutée.
Cette
reconnaissance passe évidemment par les entreprises, par le milieu
des affaires et même par le gouvernement.
Contrairement à la
majorité des provinces canadiennes, au Québec le gouvernement ne
renforcit pas l'importance de la profession d'approvisionneur.
Effectivement, le titre
d'approvisionneur professionnel agréé (a.p.a.) décerné par l'ACGA,
qui deviendra en janvier 2010 le titre de professionnel en gestion
de la chaîne d'approvisionnement (p.g.c.a.), n'est toujours pas
reconnu par l'Office des professions du Québec.
La Corporation des
approvisionneurs du Québec poursuit son travail pour qu'enfin le
public soit protégé et que la profession d'approvisionneur
professionnel agréé soit reconnue au Québec comme elle l'est dans
les autres provinces canadiennes.
Autres pistes à considérer
Plusieurs autres pistes
peuvent être considérées en vue d'assurer une gestion éthique des
approvisionnements. Dans un article publié en 2007, Nollet et
Ouellette proposent un cheminement menant à l'approvisionnement
éthique. Celui-ci est composé de neuf mesures concrètes divisées en
trois niveaux d'action. Certaines mesures visent l'individu,
d'autres mesures visent l'organisation, et d'autres encore la
profession de façon plus globale.
Parmi les mesures
présentées, mentionnons-en trois :
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Niveau 1 - Établir les bases :
Mesurer le point de départ et fixer des objectifs;
-
Niveau 2 - Favoriser la
progression : Intégrer l'éthique à la sélection et à
l'évaluation des fournisseurs;
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Niveau 3 - Encourager
l'excellence : Étalonner et remporter des prix d'excellence.
Conclusion
La gestion éthique des
approvisionnements n'est pas un sujet nouveau, mais il a certes
suscité beaucoup d'intérêt au Québec dans les derniers temps. Loin
d'être une mode passagère, la question de l'éthique en
approvisionnement constitue un enjeu de fond, lié à la nature même
du travail de l'approvisionneur professionnel.
Nous avons vu que ce ne
sont pas les pistes qui manquent pour améliorer les comportements
éthiques en gestion des approvisionnements. Pour parvenir à des
résultats concrets, les efforts doivent être coordonnés pour que
toutes les parties concernées travaillent dans le même sens :
l'individu, l'entreprise, le milieu des affaires, les associations
professionnelles et le gouvernement.
Il est temps de passer
de la conscientisation à l'action!
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