Ce qui distingue un logiciel libre d'un logiciel propriétaire est la
licence sous lequel le logiciel est distribué. Une licence libre
confère notamment le droit de modifier et de distribuer le logiciel.
Le logiciel libre offre donc certaines options à l'acquéreur,
options qu'il peut ou non exercer selon son choix. Le défi est
d'établir la valeur réelle de ces options et de déterminer sous
quelles conditions il est avantageux de les exercer.
L'option de développement
L'option de développement s'applique lorsque l'organisation
souhaite modifier le logiciel de base pour y ajouter des fonctions
et des caractéristiques qui répondent à ses besoins spécifiques. Le
logiciel sert alors de « code de départ ». L'organisation peut
concentrer ses efforts sur le développement de fonctionnalités à
valeur ajoutée répondant de façon spécifique à ses besoins. Une
telle approche de modifications à la marge représente un
investissement moins important que celui normalement requis pour
développer une application de toute pièce. Si l'organisation n'a pas
à sa disposition les ressources requises pour le développement, elle
peut toujours confier cette tâche en sous-traitance à un consultant
externe. Dans un cas comme dans l'autre, cependant, les économies
réalisées en évitant les frais de licence peuvent facilement être
engloutis par les frais engendrés par ces modifications. Pis encore,
les modifications peuvent rendre difficile l'adoption de nouvelles
versions du logiciel de base ou la mise en service des correctifs
qu'on lui apporte. Malgré ces inconvénients, il peut être quand même
avantageux d'exercer l'option de développement, surtout si le
logiciel est destiné à un grand nombre d'utilisateurs, chacun
représentant des frais de licence économisés.
L'option de service
Adopter un logiciel libre donne à l'organisation la possibilité
de choisir comment et auprès de qui elle s'approvisionne en support
et en entretien. C'est l'option de service. La possibilité de
déterminer soi-même le moment et la fréquence d'installation des
correctifs ou des nouvelles versions peut être avantageuse, même si
l'organisation n'exercice pas son option de développement.
L'adoption du produit par un nombre significatif d'utilisateurs peut
stimuler la création des fournisseurs locaux. Par voie de
conséquence, la concurrence entre eux peut aussi mener à des
meilleurs services tout en assurant que l'organisation ne soit pas à
la merci d'un unique prestataire.
Il est important de noter qu'une entreprise peut exercer son
option de service sans ouvrir le code source et sans développer.
L'inverse n'est pas vrai cependant. Cela vient du fait que les
modifications qu'elle apporte au code de base ne sont pas prises en
charge par l'organisation responsable pour la diffusion du produit
original. L'entreprise qui exerce l'option développement doit donc
nécessairement exercer l'option service.
Ne pas exercer les options
Il est important de faire attention à « l'écart de service » qui
existe en ce qui concerne les logiciels, qu'ils soient libres ou
propriétaires. L'écart de service fait référence à l'ensemble des
activités nécessaires pour rendre un logiciel utilisable dans une
entreprise. Il arrive parfois que cet écart soit très grand, comme
dans le cas d'un système intégré dont les frais de soutien associés
peuvent être plusieurs fois plus importants que les frais de
licence. Dans d'autres cas, comme pour les logiciels bureautiques
par exemple, l'écart est mince. Les logiciels qui ont cette
caractéristique représentent, pour l'entreprise, une occasion
d'économies importantes.
Évaluer les options
Choisir un logiciel libre ne crée aucunement l'obligation
d'obtenir le code source ni d'exercer l'option développement. La
situation la plus favorable est celle où le logiciel est distribué
sous une licence sans frais, où le nombre d'utilisateurs est élevé,
et pour lequel l'écart de service est minime.
Même si l'écart de service est significatif, la possibilité de
distribuer le logiciel sans frais dans l'entreprise génère des
économies chaque fois que le nombre d'utilisateurs augmente ou que
vient le temps de passer à une nouvelle version du logiciel. Pour
mieux contrôler l'écart et les dépenses associées, il est préférable
cependant de s'en tenir à des versions standardisées (configurées
une fois, installées à répétition) qui permettent de centraliser des
services de soutien technique et de maintenance.
Un logiciel libre n'est pas nécessairement la solution idéale
pour toute organisation ni dans toutes les circonstances. Toutefois,
il présente des opportunités qu'on ne peut retrouver avec le
logiciel propriétaire et qui peuvent mieux répondre aux besoins de
l'entreprise. À ce titre, le logiciel libre mérite d'être considéré
d'une façon très attentive lors de la décision d'acquisition.
Michael Wybo, Professeur agrégé
HEC Montréal
Membre du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des
organisations (CIRANO)
Membre du Groupe de recherche en systèmes d'information (GReSI)
http://www.hec.ca/profs/michael.wybo.html
Ceci est une reproduction d'un article
paru dans La Presse Affaires du 6 octobre 2008. |