| De nombreux produits industriels ou de
consommation font appel à des matières premières qui sont, à un
moment ou à un autre du procédé de fabrication, sous forme
granulaire ou en vrac. On n’a qu’à penser aux copeaux de bois qui
deviendront le papier, aux grains de céréales qui seront moulus en
farine ou encore aux petits fruits qu’on retrouvera dans les pots de
confiture.
On se fie encore beaucoup sur des critères subjectifs (l’œil
exercé d’un opérateur d’expérience, par exemple) et des tests de
laboratoire pour évaluer la qualité de ces matériaux granulaires.
Mais, des changements subtils de leurs caractéristiques (couleur,
teneur en humidité, granulométrie, densité, etc.) ne sont pas
toujours bien évalués par le personnel. Quant aux tests de
laboratoire, ils constituent une méthode de validation « hors ligne
» et, normalement, la quantité échantillonnée n’est pas
représentative. De plus, ces tests requièrent de longs délais (entre
quelques minutes et quelques heures) avant de produire des
résultats, ce qui permet, au mieux, de réagir tardivement sur le
procédé et souvent lorsque « le mal est fait ».
Or depuis peu, des technologies performantes mesurent, en
continu, en temps réel et avec grande précision,
certaines caractéristiques des intrants. La qualité des données
recueillies est telle qu’elle permet de développer des stratégies de
gestion des matières premières qui se traduisent par de nombreux
bénéfices autrefois insoupçonnés et inaccessibles par les moyens
traditionnels (économie de matière première, réduction de l’énergie
requise par le procédé, qualité accrue des produits finis, etc.).
Cas d’application actuels
À titre d’exemple, le CRIQ a mis au point, pour
l’industrie des pâtes et papiers, un nouvel équipement1
qui détermine la qualité des copeaux de bois en mesurant, entre
autres, leur luminance2 à l’aide de
différentes technologies de vision numérique (caméra couleur,
détecteur proche infrarouge) et de détection (distance, température
et humidité). C’est la première fois que la luminance est introduite
comme critère quantitatif de la fraîcheur des copeaux. L’utilisation
de cet appareil, le CMS (Chip Management System), a permis
aux industries utilisatrices de classifier et de payer les
livraisons de copeaux selon leur degré de fraîcheur, de répartir les
copeaux dans les silos en fonction de leur luminance et de gérer
l’alimentation des raffineurs en connaissance de cause.
Des bénéfices économiques importants ont été démontrés aux
chapitres de la diminution des coûts de production (notamment par la
réduction de l’utilisation des agents de blanchiment), de
l’augmentation de la productivité et de l’amélioration de la qualité
de la matière première et, bien sûr, celle du produit fini.
Cependant, la luminance n’étant qu’une des caractéristiques des
copeaux, elle ne permet pas, à elle seule, de les qualifier
suffisamment pour anticiper le comportement du procédé de
transformation. L’équipe des pâtes et papiers du CRIQ a donc
développé une version du CMS pour prédire et contrôler la
qualité de la pâte. La nouvelle version, dotée d’un système expert,
de nouveaux senseurs et d’un modèle mathématique, scrute les copeaux
afin de déterminer leur fraîcheur et leurs dimensions ainsi que la
présence de caries, nœuds et écorces. Le modèle mathématique se
charge de quantifier objectivement leur valeur à partir de
l’ensemble des mesures recueillies par les différents capteurs. Les
résultats sont soumis à un système expert qui qualifie les copeaux
et qui analyse l’impact de cette qualité sur plusieurs paramètres du
procédé. Les opérateurs peuvent donc rétroagir rapidement afin de
rectifier l’apport en copeaux dans les raffineurs. Cette nouvelle
approche contribue considérablement à une gestion organisée et
planifiée des opérations d’entreposage des copeaux et à un meilleur
contrôle des opérations du procédé de pâte thermomécanique.
Toujours dans le secteur des pâtes et papiers, la même
plate-forme technologique a été utilisée pour détecter les
contaminants de plastique dans l’approvisionnement de copeaux afin
de pouvoir les éjecter. Le rejet de ces matières indésirables permet
d’éviter la formation de taches sur les papiers et les arrêts de
production, très coûteux, nécessaires à la décontamination des
équipements.
Une autre variante de la technologie du CMS, l’analyseur
de papier recyclé (APR), est employée pour mesurer, en continu, le
jaunissement de papiers recyclés et détecter les cartons ondulés et
les plastiques, ces matières étant considérées comme des
contaminants dans le procédé de désencrage.
Applications potentielles
En raison de la qualité des données qu’il génère, le CMS
pourrait être utilisé dans plusieurs autres procédés industriels.
Voici quelques exemples :
Lors de la fabrication de panneaux de fibres de moyenne
densité (MDF)3 , l’appareil pourrait
mesurer, en continu, le taux d’humidité et la densité des copeaux de
bois avant leur entrée dans le raffineur. Un meilleur contrôle
permettrait ainsi de réduire la consommation d’énergie de raffinage
et la variabilité des propriétés du produit fini.
La fabrication de panneaux gaufrés (OSB)4
peut faire appel à un mélange de gaufres (lamelles) de plusieurs
essences forestières (tremble et bouleau) dont les proportions
doivent être bien contrôlées afin d’obtenir un produit aux
propriétés constantes. La granulométrie, le taux d’humidité et la
densité des gaufres de même que le pourcentage de fines sont
d’autres paramètres qui doivent être optimisés. Or, le CMS
pourrait être mis à contribution pour suivre, en temps réel,
l’évolution de l’ensemble de ces paramètres et générer de précieuses
informations permettant d’optimiser le procédé (rectification des
proportions d’essences forestières, ajustement du séchage, dosage de
résine, amélioration des horaires d’entretien des équipements de
fragmentation, paramètres de pressage, etc.).
Les experts chargés du développement de la plate-forme
technologique du CMS ont pu constater que le secteur
minier représente également un champ d’application prometteur.
Généralement, après broyage du minerai, on procède à sa
concentration en le séparant des impuretés. À cet égard, la méthode
de flottation est l’une des techniques régulièrement utilisées.
Une
des variables significatives de cette méthode est l’aspect visuel de
la mousse (couleur, dimension et texture des bulles) qui donne des
indications importantes sur la concentration du minerai.
L’observation étant actuellement faite par les opérateurs, les
résultats sont sujets à erreur et dépendent grandement de leur
expérience et de leur attention.
L’utilisation du CMS permettra d’augmenter la fiabilité de
la surveillance, de réaliser des ajustements prédictifs sur le
procédé, de diminuer l’utilisation et les coûts liés aux produits
réactifs, d’assurer la teneur en concentré et d’optimiser la
récupération du minerai. Ces avantages pourront se traduire par des
gains économiques substantiels.
Conclusion
L’illustration de ces quelques applications laisse entrevoir les
usages potentiels de la plate-forme technologique du CMS.
Comme on a pu le constater, remplacer l’évaluation visuelle
subjective de la qualité de la matière première par une technologie
d’évaluation en continu, objective et informatisée comporte de
nombreux bénéfices.
Si votre entreprise utilise une matière première granulaire ou en
vrac (industrie alimentaire, industrie du recyclage, etc.) où la
variation de certains paramètres (couleur, forme, taux d’humidité,
densité ou encore présence de contaminants) peut avoir un impact
déterminant sur la qualité du votre produit fini, il est probable
que la plate-forme technologique du CMS pourra constituer un
actif très profitable pour votre outil de production.
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Cette technologie fait l’objet
de plusieurs brevets et demandes de brevets canadiens reliés au
domaine des pâtes et papiers (CA 2355844, CA 2416966 et CA
2430737).
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Luminance : Quotient de
l'intensité lumineuse réfléchie par la surface apparente mesurée.
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MDF : Medium Density Fiberboard.
Panneaux utilisés, entre autres, dans la fabrication de meubles,
de moulures, etc.
-
OSB : Oriented Strand Board.
Quelquefois appelé « Aspenite ». Panneaux structuraux utilisés
pour la construction de bâtiments.
Si vous désirez en connaître davantage sur les bénéfices que
cette technologie pourrait représenter pour votre entreprise, nous
vous invitons à contacter :
M. Jérome Powers
1 800 667-2386, poste 2517
jerome.powers@criq.qc.ca
M. Pierre Plamondon
1 800 667-2386, poste 2248
pierre.plamondon@criq.qc.ca
Sources :
- Détection des plastiques dans les copeaux, Feng Ding, mars
2005
- Un système de vision artificielle pour le traitement du
minerai, Feng Ding, Sept. 2004
- Amélioration de la gestion de la cour à bois par la
caractérisation en ligne des copeaux,
- P. Bédard, F. Ding et M. Benaoudia, Déc. 2003
- L’intelligence artificielle étroitement liée à la blancheur du
papier, En tête en ligne, UQTR, Serge Boudreau,
http://entete.uqtr.ca/description.php?no_fiche=4173
- Technologies des pâtes et papiers de la direction Équipements
du CRIQ, 2002
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