
RÉSUMÉ
Les travaux réalisés à ce jour ont permis de montrer que le
traitement des eaux fortement chargées est aisément réalisable par
biofiltration sur support inorganique. Une telle technologie peut,
en fait, être appliquée au traitement des eaux usées urbaines,
résiduaires industrielles ou même aux eaux fortement chargées,
générées par les exploitations agricoles (lisier), les industries
agroalimentaires ou autres.
TEXTE
Il
existe actuellement différents procédés qui permettent de traiter
les eaux usées chargées en DBO5, DCO, azote, etc. Ces procédés
peuvent être physico-chimiques ou biologiques. Ils sont généralement
utilisés séparément, mais dans certains cas, une combinaison des
deux procédés est utilisée. Le procédé membranaire, très coûteux
pour le moment, est de plus en plus utilisé, surtout dans le cas des
eaux à potabiliser.
Les technologies des réacteurs biologiques sont généralement les
moins coûteuses et très variées. L’épuration des eaux usées utilise
généralement des procédés à cultures libres (boues activées) ou à
cultures fixées (biofiltres et disques rotatifs). Le traitement des
eaux à potabiliser nécessite plus spécifiquement l’usage de
microorganismes bactériens fixés sur un support inorganique (sable,
argile expansée, charbon actif, etc.). Quel que soit le système
choisi, tous les procédés biologiques mettent en jeu une population
bactérienne complexe (Burrell et al., 1999).
Par ailleurs, les bactéries mises en jeu dans le processus
biologique sont sensibles aux conditions extérieures, par exemple le
pH, la température, la lumière, mais également à la composition du
milieu et, en particulier, à l’éventuelle présence de composés
traces qui peuvent accélérer ou inhiber les mécanismes impliqués (Benmoussa
et al., 1983, 1984, 1986a, 1986b). À ce titre, plusieurs études
relatent l’influence du pH, de la température et de l’oxygène
dissous sur les cinétiques de nitrification (Wett et al., 2003, Ruiz
et al., 2003, Jetten et al., 1999, Westerhoff et al., 2003, Head et
al., 2004).
Les procédés de biofiltration sur support organique ou
inorganique sont actuellement utilisés au CRIQ pour le traitement
des eaux d’origine municipale et celles fortement chargées, générées
par les exploitations agricoles ou les industries agroalimentaires.
Si la biofiltration sur support organique est déjà utilisée depuis
plusieurs années à l’échelle réelle, celle sur support inorganique
n’est encore développée qu’à l’échelle laboratoire et pilote, mais
les résultats obtenus dans ce cas sont très concluants et
prometteurs pour que la technologie soit implantée à l’échelle
réelle.
Les travaux réalisés récemment ont permis de montrer que le
traitement des eaux fortement chargées (en DBO5, DCO, N-NH4+) est
aisément réalisable par biofiltration sur support inorganique. Une
telle technologie peut, en fait, être appliquée au traitement des
eaux usées urbaines, résiduaires industrielles ou même aux eaux
fortement chargées, générées par les exploitations agricoles
(lisier), les industries agroalimentaires ou autres.
Les essais réalisés dans le cadre du traitement des eaux
résultant de l’essorage des boues de fosses septiques ont montré une
élimination simultanée de la DBO5 (94 à 98 %), de la DCO (90 à 96 %)
et de l’azote ammoniacal (90 à 98 %), avec des charges hydrauliques
variant entre 0,47 et 1,4 m3/m2.j. Quant au traitement du lisier de
porc, les résultats obtenus ont aussi montré des rendements
épuratoires très élevés : DBO5 (90 à 98 %), DCO (90 à 96 %) et azote
ammoniacal (90 à 96 %). Il est important de préciser que cette
élimination est observée dans les 40 à 60 premiers cm des
différentes colonnes, ce qui signifie que des charges plus élevées
pourraient éventuellement être appliquées sur ce type de milieu
filtrant lors du traitement de ces eaux.
Par ailleurs, si l’élimination totale des coliformes fécaux (CF)
et totaux (CT) est observée, une réduction du phosphore total
d’environ 15 mg/l (60 %) dans le bioréacteur est obtenue, alors que
le pH de sortie se situe entre 6,2 et 8,1.
Concernant les matières en suspension, elles sont totalement
éliminées lors du traitement. Néanmoins, une attention particulière
doit leur être accordée à cause du décrochage du biofilm, ce qui
indiquerait la nécessité d’un lavage du biofiltre. En effet, les
fréquences ainsi que les volumes de lavage du pilote ont été
déterminés, et la fréquence de lavage dépend de la charge de DBO5
appliquée. Il faut en moyenne 20 kg de DBO5 par m3 de milieu
filtrant pour colmater le biofiltre. Dans ce cas, le volume de
liquide existant dans le biofiltre est suffisant pour un lavage
adéquat.
De plus, il est important de mentionner que lors du traitement
par biofiltration, la nitrification est généralement observée
plusieurs semaines après le démarrage du traitement, dans la
deuxième partie du biofiltre. Dans le cas du support inorganique, la
nitrification est réalisée en même temps que l’élimination de la
DBO5 et de la DCO, ce qui constitue une innovation dans le domaine.
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