M. Martin Caron, M.Sc
CRIQ
Écrire à l'auteurL’industrie québécoise du
meuble fait face à un danger clair et immédiat. Depuis 2002,
l’appréciation du dollar canadien conjuguée à l’importation
américaine de meubles asiatiques a fait subir aux entreprises
québécoises de meubles une pression importante. Les exportations
canadiennes de meubles ont plafonné et montrent même des signes de
diminution, tandis que les importations américaines de meubles
asiatiques ont décuplé.
Les entreprises québécoises ont peu performé en ce qui concerne
les investissements en R&D. En 2000, la dépense moyenne en R&D dans
une PME (moins de 200 employés) est de 295 K$ au Québec,
comparativement à 431 K$ en Ontario. La recherche exécutée en milieu
industriel est souvent perçue comme étant une activité coûteuse
plutôt réservée à la grande entreprise. En 2000, 58 % des 4 492
entreprises québécoises ayant effectué de la recherche ont dépensé
moins de 100 K$, une proportion qui augmente à 74,9 % en haussant ce
seuil à 200 K$.
Pour répondre au défi, un consortium s’est formé en un
Partenariat de recherche pour l’industrie du meuble (PARIM). Cette
alliance comprend Forintek Canada Corp., l’Université Laval,
l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), le Centre de
recherche industrielle du Québec (CRIQ) et l’École nationale du
meuble et de l’ébénisterie (ENME). Dans le cadre de ce
partenariat, Forintek Canada Corp. a lancé une série de travaux
visant à définir l’« Entreprise de meubles du futur » et a mandaté
le CRIQ afin de réaliser les travaux portant sur l’aspect
technologique.
Des avenues de solutions ont été répertoriées, approfondies et
priorisées. Les résultats démontrent que la réaction devra être vive
et basée sur plusieurs actions simultanées. Heureusement, plusieurs
pistes de solutions s’offrent aux manufacturiers québécois et sont
présentées dans ce rapport. Elles passent toutes par l’intégration
des nouvelles technologies et des nouvelles techniques de
fabrication, dans une optique d’obtenir une usine de meubles du
futur la plus flexible et agile possible.
L’intégration de la technologie, et ce, à plusieurs niveaux, sera
nécessaire à la survie de l’industrie de fabrication de meubles
québécoise. Les préceptes du génie industriel devront être appliqués
afin d’en arriver à produire au plus bas coût, dans les plus brefs
délais et selon les spécifications des clients. Les fabricants
devront se détacher des opérations qui consomment temps et argent à
tous les niveaux de leur opération. Le contrôle de qualité devra
être intégré, autant aux opérations d’usinage que d’assemblage. La
vision artificielle et les procédés de vérifications automatisés
devront être priorisés.
La technologie doit supporter la transformation de l’industrie;
les équipements intégrés à l’usine du futur doivent être développés
afin de s’intégrer aux cellules de travail. Ces équipements devront
se détacher des préceptes normaux de fabrication (produire plus
rapidement) et offrir une plus grande flexibilité; i.e pouvoir
produire de petits lots de pièces, sans temps de mise en course, et
en minimisant les étapes de calibrage. ). L’Agilité et la
flexibilité seront les principaux indicateurs de performance et de
réussite de l’entreprise de fabrication de meubles du futur
L’ajout d’un système de commercialisation basé sur les
technologies de l’Internet offre un potentiel important pour les
fabricants de meubles. Le fabricant peut vendre des produits
personnalisés sur l’Internet, offrant ces produits avec une certaine
prime (coût de personnaliser), tout en sauvant les coûts normaux
imposés par le système de distribution normal. De plus, le fabricant
peut continuer à profiter de ses réseaux de distribution pour ses
lignes de produits normaux.
L’ensemble des technologies présentées ont été priorisées par les
manufacturiers parmi une liste plus exhaustive des technologies
existantes. La vision numérique (détection des défauts,
classification couleur, qualité de surface), les capacités de calcul
informatiques actuelles, les technologies d’optimisation, les
nouveaux procédés d’usinage et de collage et de contrôle de qualité
s’unissent dans le concept d’usine de fabrication de meubles du
futur. Ces technologies doivent servir à spécialiser des joueurs et
leur donner une plus grande rentabilité en tant que gros
fournisseurs spécialisés. Ces technologies doivent aussi permettre à
de plus petits manufacturiers de produire de petits lots de meubles
en minimisant leur délai de fabrication et leur contenu en
main-d’œuvre.
Cette transformation a déjà été effectuée partiellement dans les
secteurs du meuble de bureau et de l’armoire de cuisine. Les
industries du meuble en panneaux et en bois solide doivent suivre.
Pour ce faire, un changement majeur devra se produire et un nouveau
joueur devra apparaître dans le domaine du bois solide : le
fournisseur de panneaux en bois solide.
Cette entreprise devra être bâtie sur une stratégie de
fournisseur très compétitif (automatisé) où la récupération est
maximale, qui lui permettra de fournir plusieurs entreprises.
Le fournisseur de panneaux en bois solide devra transformer la
matière, les planches de bois classées selon les règles de la NHLA
et en faire un produit standard et utilisable rapidement. Les
panneaux générés seront de dimensions fixes (ex. 4 pi x 8 pi), de
couleurs standards et ne contiendront aucun défaut inconnu. En
contrôlant la dimension des pièces entrant dans la composition des
panneaux, la position des joints sera connue et égale pour chaque
panneau. L’optimisation de la découpe de panneau devra tenir compte
de ce joint (soit central ou au tiers de la surface, selon la
dimension des pièces) dans les grades des pièces découpées.
Par la suite, les fabricants de meubles en bois solide pourront
utiliser les technologies de fabrication du panneau et les mêmes
paradigmes qui ont servi le secteur du meuble de bureau. Optimiser
le débitage des meubles en fonction de panneaux de 4 pi x 8 pi (32
PMP) dont la couleur et la forme sont connues, au lieu de débiter
sur des planches de dimensions variables, contenant des défauts
variables.
Le fournisseur de panneaux en bois solide utilisera les
technologies de l’usine du futur. Il doit pouvoir recevoir les
commandes en ligne de la part de ses donneurs d’ordres. Il doit
pouvoir comprendre la codification couleur des pièces qu’il aura à
produire et ensuite débiter les pièces en faisant une classification
couleur sur les planches de bois . Il doit pouvoir débiter les
planches avec un optimiseur deux axes afin de maximiser
l’utilisation de sa matière première. Par la suite, il devra jointer
les pièces de bois afin d’en faire des panneaux solides,
possiblement en utilisant un four à radiofréquences pour curer la
colle plus rapidement en ligne. La position de défauts de surface
sur les pièces serait connue et pourrait être transférée à un
système de réparation automatique des défauts de surface afin d’en
faire des pièces utilisables. La récupération matière obtenue serait
maximale et tout le procédé pourrait être fait entièrement en ligne.

Plan potentiel pour l’« Usine du futur pour la fabrication de
panneaux en bois solide ».
Dans les technologies clefs dans la réalisation de ce but, les
T.I.C. occupent la place maîtresse. Elles permettent d’acquérir un
nouveau niveau de flexibilité, d’agilité, de répondre à une
production sur commande, de pouvoir offrir un service de
personnalisation aux clients, de faire l’intégration des services
commerciaux et de la production. Les T.I.C. permettent l’intégration
d’équipements plus technologiques et rehaussent du même fait la
perception de l’industrie du meuble en entier. Les T.I.C. doivent
devenir la pierre angulaire de la nouvelle « Usine de meubles du
futur ». Des alliances stratégiques utilisant les T.I.C. seront
requises entre fournisseurs et fabricants afin d’intégrer leurs
planifications/ventes et réduire les temps de livraison de matières
premières.
Les colles réactives doivent continuer à progresser, surtout au
niveau de leur prix et de l’utilisation simple des agents
catalyseurs. L’industrie doit resserrer ses normes au niveau du
séchage afin d’ouvrir la porte aux technologies de collage par R.F.,
réduisant significativement les temps morts dus à l’opération de
panneautage. La recherche fondamentale doit progresser au niveau du
soudage du bois pour l’amener à une application industrielle mature
le plus rapidement possible. Pouvoir éliminer une partie
substantielle des colles et catalyseurs permettrait aux fabricants
d’épargner des sommes significatives. Finalement, le soudage par
friction doit progresser et s’intégrer dans un procédé automatisé
afin d’en obtenir les bénéfices maximums.
La qualité et son contrôle sont devenus des préoccupations
journalières pour les fabricants de meubles. Les préceptes du génie
industriel doivent être intégrés à la fabrication de meubles, peu
importe le secteur. Naturellement, la meilleure façon d’agir
positivement sur son procédé de fabrication est d’en comprendre et
d’en contrôler toutes les étapes (ou du moins toutes les étapes
critiques).
Dans l’optique d’automatiser la production et diminuer les frais
d’opérations dans l’ « Usine de meubles du futur », l’assemblage et
l’empaquetage devront utiliser des équipements de manutention
flexibles et adaptatifs permettant de travailler des produits
dimensionnellement variables sans mise en course.
Les pressions environnementales et les réglementations
s’intensifient au niveau mondial. Les fabricants de meubles doivent
faire face à ces changements tout en réutilisant le plus possible
leur matière première. En moyenne, environ 2,5 % du chiffre
d’affaires des fabricants est consacré à la gestion des rebuts. Par
une utilisation judicieuse et un contrôle intensif, il est possible
de récupérer de 25 à 40 % de la matière ligneuse jetée/perdue.
Dans la fabrication de meubles en bois solide, le débitage figure
en tête de liste dans la répartition des dépenses. La matière
première à elle seule représente dans ces cas, en moyenne de 25 % à
35 % des dépenses totales encourues. L’utilisation d’un système de
vision couplée à un logiciel d’optimisation deux axes au débitage
permet l’intégration des opérations de débitage avec les systèmes de
gestion de la production. L’utilisation d’un optimiseur deux axes
permet d’augmenter l’utilisation de la matière première, de
maximiser la valeur des produits obtenus et de diminuer la qualité
du bois utilisé dans le procédé. Il permet aussi de classifier les
pièces selon leur couleur et d’utiliser ces informations lors du
débitage. Dans le secteur du meuble en panneau, un logiciel
d’optimisation du débitage avec des défauts pourrait apporter des
gains significatifs à l’opération en utilisant des panneaux de moins
bonne qualité.
L’usinage représente une portion très importante du temps total
de fabrication dans les secteurs des meubles en bois solide, du
panneau et des meubles de cuisine. L’intégration entre la gestion
des lancements en production et les machines à commande numérique a
été réalisée dans plusieurs secteurs. Cette intégration devra être
soutenue et inclure les inventaires et les niveaux opérationnels
pour le suivi en temps-réel de l’usinage. Les temps de mise en
course de l’usinage demeurent des enjeux majeurs, car même dans un
système de planification de matière première idéal, ces temps
imposeraient des délais significatifs à la production. L’« Usine de
meubles du futur » devra pouvoir fonctionner avec des lots dont la
taille est la plus réduite possible.
La perception humaine est biaisée. La notion même de la
classification couleur repose sur des perceptions. Il y a des gains
importants pour un fabricant de meubles à pouvoir classer
automatiquement la couleur des pièces entrant dans la composition de
ses panneaux sans intervention humaine. Le classement en couleur et
en largeurs des baguettes entrant dans la composition des panneaux
peut apporter un gain de matière de l’ordre de 3-5 %. Le gain réel
de la standardisation couleur et de la classification couleur repose
dans la capacité de débiter les planches en connaissant au préalable
leur couleur de fond, donc de dédier des pièces à une production
spécifique (produit).
La finition de meubles est traditionnellement réalisée à l’aide
de produits liquides appliqués avec un pistolet à air. De par leur
impact environnemental négatif et leurs effets néfastes sur la
santé, l’utilisation de ces produits est de plus en plus restreinte
au niveau mondial. Les produits de finition à base de poudre sont de
plus en plus utilisés et rentables dans l’industrie du meuble en
panneau (MDF). Des lignes de finition à plat à curage par rayons
U.V. ou d’autres agents catalyseurs sont utilisés afin de terminer
la finition. Les produits de finition à base de nanoparticules
commencent à évoluer et sont en développement constants.
Plusieurs recherches ont été effectuées dans le passé et ont
démontré la capacité des lasers de faire la découpe dans des
substrats composites tels les panneaux MDF et mélamine. Par contre,
l’intégration de ces équipements a très peu ou n’a pas du tout été
effectuée dans le milieu industriel-bois. De nouvelles technologies
au niveau des lasers permettent maintenant de faire la découpe sans
carbonisation de surfaces du bois solide évitant ainsi toutes pertes
dues aux traits de scie.
Une veille stratégique constante devra être effectuée sur le
secteur meuble en entier. Les fabricants devront réagir rapidement
aux tendances, pouvoir lire les changements dans le marché et réagir
dans de courts délais.
Des systèmes automatisés d’optimisation du débitage utilisant la
vision artificielle, intégrés directement dans le procédé de
fabrication et de commercialisation devront être perfectionnés et
implantés. De gros fournisseurs de pièces et panneaux devront être
créés dans tous les secteurs de la fabrication de meubles.
Des efforts additionnels devront être faits afin de minimiser les
temps de mise en course au niveau des machines de l’usine de
fabrication de meubles du futur. Le but est de réduire au minimum la
taille des lots en production. Des équipements spécialisés,
développés dans cette optique (plus petits lots, sans mise en
course) devront être intégrés à une production cellulaire ou selon
les technologies de débitage en panneaux.
Si vous désirez en connaître davantage sur les travaux en liens
avec l’usine de meubles du futur, nous invitons à contacter :
M. Martin Caron, M.Sc
Expert sectoriel
Deuxième transformation du bois/meuble
Développement de systèmes industriels
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